Quand les amitiés mettent à mal l’indépendance

4 Oct

Jean Quatremer et Daniel Schneidermann débattent de l’amitié journaliste-politique

Le journaliste peut-il être ami (ou plus) avec les politiques, industriels et autres personnages de pouvoir ? C’est à cette question que les quatre intervenants ont tenté d’apporter une réponse.

« Les amitiés ne sont pas régulables »

Journalistes et politiques sont issus du même monde et sont donc amenés à entretenir des relations de proximité : « Nous sommes issus des mêmes écoles, on se connait depuis tout petit », explique Jean Quatremer. Tous passent par la case Science Po. Cette trajectoire commune est une erreur pour  Daniel  Schneidermann : « Pour moi, une école de journalisme à Science Po c’est une hérésie : ce ne sont pas les mêmes métiers ! ».

Les journalistes doivent se fixer des règles car « les amitiés ne sont pas régulables » selon Thomas Legrand. Il poursuit : « Ces règles peuvent être régulées au niveau des écoles ou des formations au journalisme. Un déjeuner ce n’est pas pareil qu’un dîner, le déjeuner peut être un moment de travail, pas le dîner ».

Certains journaux ont tout de même essayé de créer une charte au sein de leur rédaction mais ces tentative se soldent souvent par un échec. A Télérama, « Il y a eu trop d’opposition, chacun a ses limites dans ses relations », témoigne Emmanuelle Anison, chef de service médias.

Le cas Audrey Pulvar

La journaliste Audrey Pulvar a publiquement soutenu son compagnon candidat aux primaires socialistes Arnaud Montebourg, maintenant ministre. Thomas Legrand est parti de la rédaction des Inrocks quand Audrey Pulvar est arrivée : « je n’ai pas eu peur d’une relecture de Pulvar mais je me serai senti mal à l’aise de mener une stratégie pour obtenir des informations sur Montebourg ». La journaliste peut-elle faire son travail : tout dévoiler, tout dire ? Sa relation intime avec un politique peut-elle l’amener à s’autocensurer, à taire des informations? Il est difficile de séparer sa vie privée de sa vie professionnelle.

Pour Jean Quatremer, « Le phénomène n’est pas nouveau, ce qui est nouveau c’est que l’on connait maintenant les relations entre journalistes et politiques ». Il y a vingt ans ce sujet était tabou.

Les conflits d’intérêts sont monnaie courante mais le public n’est pas forcément informé. Daniel Schneidermann conclue le débat : « La bonne solution c’est d’en dire le plus possible, c’est la transparence, la note en bas de page. Etiqueter, dire, déclarer !”.

Hortense Reberat
et Joséphine Thomas

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