La Grèce, une zone de conflit pour les journalistes

4 Oct

« Travailler en Grèce, c’est comme travailler dans une zone de conflit », explique Angélique Kourounis, correspondante de Radio France à Athènes. Le débat qui s’est engagé au Café Info se distingue de ceux qui s’y déroulent en parallèle aux Assises. On ne parle pas de formation, de déontologie, de l’évolution des supports mais des violences que subissent les journalistes en Grèce.

Aux côtés d’Angélique Kourounis, Marios Lolos, président de l’Association des photoreporters de Grèce, commence la conférence par la projection de photos qui temoignent des violences subies par les journalistes. Il commente : « Ici c’est une journaliste qui vient de recevoir une gifle par les forces anti-émeute », « Là, c’est un autre journaliste qui s’est pris un cocktail Molotov ». Défilent ainsi une vingtaine de photos où les victimes sont les journalistes malmenés par les policiers. Angélique Kourounis tient à insister : « Ce sont des photos prises dans un pays d’Europe, près de chez nous : la Grèce ». Ces violences sont méconnues des confrères français. En venant aux Assises, l’objectif d’Angélique Kourounis et Marios Lolos était de faire connaitre cette situation. « J’ai proposé un article sur les médias grecques et leur difficulté à l’Express pour qui je travaille. Réponse de la rédaction : on ne va pas faire un article sur les journalistes par des journalistes. Pourtant, ce n’est pas la crémière qui va parler de notre situation » ironise la reporter de Radio France. Les Assises sont alors une première tribune lui permettant d’exposer ses difficultés voire d’obtenir des soutien.

Le travail du journaliste mis à mal

Angélique Kourounis débute la conférence en racontant l’histoire de Marios Lolos. « Marios a subi une très lourde opération. Alors qu’il était à une manifestation, entouré par ces collègues journalistes, deux policiers des forces anti-émeute l’ont frappé à plusieurs reprises à coups de matraque- côté métal-sur le crâne. Sa tête a été enfoncée d’un centimètre. Il a réussi à s’en sortir après une longue opération et deux plaques de métal et des vis dans le crâne » explique-elle. Son histoire est loin de constituer une exception. Depuis 2011, ces scènes se répètent. Les journalistes sont ouvertement visés par les policiers. Pour se défendre, des représentants du milieu journalistique ont rencontré l’ancien Ministre de l’ordre public George Voulgarikis. Conscient de la situation, il avait cependant suggéré que les journalistes se munissent de gilets fluo avec écrit « Press ». « Au Kosovo, en Yougoslavie, en Tchétchénie, j’ai mis ces gilets jaunes. Mais c’était pour couvrir un conflit. Si on nous demande de mettre des gilets, c’est que la Grèce est en guerre », en conclut Angélique Kourounis.

Pour se défendre, Marios Lolos a choisi de mener différentes actions. Tout d’abord, il s’est associé à Reporters sans Frontières pour publier un rapport sur la presse grecque. Il a ensuite organisé différentes expositions de photos prises lors des manifestations et où l’on voit des journalistes être pris à parti par les policiers. Le Président de l’Association des photoreporters en Grèce a aussi demandé aux journalistes de prendre différentes mesures de protection. Dans un premier temps, aucun journaliste ne couvre seul une manifestation. Lorsqu’un confrère est agressé physiquement, le journaliste doit prendre une photo pour prouver de l’agression. Ils déposent ensuite systématiquement une plainte au bureau de police. « Le problème, c’est que cela ne mène à rien. Les procès sont expéditifs. Tout est corrompu en Grèce même la Justice. Mais cela ne veut pas dire qu’on va se laisser marcher sur les pieds », ajoute Marios Lolos

A cette situation catastrophique de la liberté de la presse, s’ajoutent des difficultés économiques de plus en plus importantes pour les journalistes grecques. 60% des professionnels de l’information sont au chômage. Parmi eux, plusieurs journalistes continuent de travailler sans pour autant être payer. Ils travaillent pour un « plat de lentille » (expression grecque), pour avoir parfois le droit à une couverture maladie. « Les européens ont une image faussée de la Grèce. Malgré les oliviers et le soleil, c’est loin d’être paradisiaque», conclue Angélique Kouroumis.

Hortense Reberat

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