Experts et journalistes : l’impossible équation ?

4 Oct

L’expert, où le missi dominici de l’analyse scientifique. Qu’ils soient économistes, climatologues ou même profiler, les experts se sont progressivement intégrés au paysage médiatique français. Mais une question subsiste alors face à l’omniprésence de ces nouveaux acteurs, la présence de l’expert remplace-t-elle le travail d’enquête du journaliste ?

Des experts devenus les boites à outils des journalistes.

Quand on parle des experts dans les médias, la première image qui vient à l’esprit est celle de l’économiste chevronné qui explique en un claquement de doigts les rouages de l’économie et peut-être la solution miracle pour régler le déficit, ou en terminer avec le problème avec la crise de la dette. Mais le problème n’est pas là. Après tout, l’expert est un observateur de l’actualité comme les autres avec une compétence particulière. Aussi est-il en droit de répondre aux questions que le journaliste lui pose. Le fait est que l’expert est passé de la position d’observateur privilégié à celui d’outil pour le journaliste dans la quête de compréhension de l’information. «  La légitimité de l’expert est celle donnée par le journaliste », constate Hubert Kempf, représentant de l’Association Française de Sciences Economiques.  Des crises de plus en plus complexes, de plus en plus longues, et la plus-value de la présence de l’expert n’a de cesse d’augmenter.  «  Quand je suis invité par un média, ce n’est pas tellement ce que je dis qui est recherché, mais ma posture d’autorité » expose Xavier Timbeau, directeur du département analyses et prévisions de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

Expertise des uns contre légitimité des autres.

« Dès que l’on passe sur C dans l’air (France5), on est considéré comme un expert », ironise Laurent Mauduit, journaliste à Mediapart qui souligne aussi le manque de pluralité au sein des invités scientifiques. L’argument de la validation scientifique de l’expertise avancé par Laurent Mauduit est certes valable, mais pour autant les universitaires sont-ils les seuls à pouvoir s’exprimer sur les sujets complexes ? «  Il n’y a pas de relation obligatoire entre la valeur de la qualification et celle du discours » répond Xavier Timbeau qui ajoute qu’Einstein n’a pas eu besoin de l’université pour faire avancer la physique.  Les grands perdants de l’apparition des experts sur les différents supports médiatiques sont donc les journalistes spécialisés. Ceux-ci sont contraints à l’exigence de rapidité de diffusion de l’information face à des universitaires qui disposent d’un temps de recherche très long.  « Nous avons là un conflit de temporalité », détaille Hubert Kempf. D’autant plus qu’actuellement, les diplômes semblent prendre le pas sur la valeur des enquêtes menées par les journalistes. Cela étant, les journalistes ne combattent pas avec les mêmes armes : étude approfondie pour certains, culture du terrain pour d’autres. Reste à accorder ces deux compétences, pour un but commun : une information la plus complète possible.

Jalal Kahlioui

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